Dans les périmètres bananiers de Laboya, à Tambacounda

Sur la route menant à Laboya à partir de Damantang, dans la région de Tambacounda, les véhicules partagent la piste latéritique avec les motos et les vélos, au milieu des arbres géants et des hautes herbes.
Les voitures, exceptionnellement, étaient plus nombreuses sur ce tronçon aux virages multiples, avec la venue du chef de l’Etat Macky Sall dans la zone, à l’occasion de sa tournée économique à vocation agricole. Des leaders politiques locaux avaient organisé la mobilisation des militants à bord de cars.
Au bout de 9 Kilomètres de route, le village de Loboya apparait avec ses cases et quelques constructions en dur au milieu des champs de maïs, de mil. Mais ces deux spéculations font figure de nains sur cette terre semi argileuse arrosée par une pluviométrie abondante et la crue du fleuve Gambie.
Ici, la culture-roi est la banane. Un des maîtres de cette filière agricole s’appelle El Hadj Mamadou Oumar Sall. Son site de 200 hectares a l’honneur de recevoir la visite du président de la République.
Sur le plan national, la première place de producteur de bananes revient à la région de Tambacounda avec ses 20 000 tonnes sur des besoins nationaux estimés à 50 000 tonnes.
Tamba est suivie de Sédhiou et Podor, en termes de production de banane. Membre du Collectif régional des producteurs de bananes de Tambacounda (CORPROBAT), M Sall, de taille élancée, le teint clair, est le président du GIE « Yellitaré ndema et ngaynaaka » (émergence de l’agriculture et de l’élevage en langue pulaar), créé en 1996.
L’opérateur économique basé à Tamba développe ses activités à Kolda, Kédougou. C’est vers le début des années 2000 qu’il se lance dans la filière banane avec l’aménagement de 20 hectares à Sankagne sur les bords du fleuve Gambie.
Aujourd’hui, le GIE exploite 200 hectares et emploie plus 1000 personnes. Des employés qui viennent du Sénégal, du Burkina Faso, de la Guinée, de la Gambie et du Mali.
L’objectif est de promouvoir le développement de la filière banane au Sénégal et dans la sous-région par la production d’une banane de qualité et d’accompagner les producteurs dans les renforcements de capacités.
Pour mener ses activités, le GIE a fait appel, depuis 2013, à un technicien ivoirien, Frédéric Beugré, selon qui cette terre est « propice au développement de la banane ».
« Nous avons ici un sol semi-argileux très riche. Mamadou Sall est le pilier de la production de la banane au Sénégal. Ce sont des initiatives que l’Etat doit appuyer. La filière génère beaucoup de revenus », explique t-il.
A Loboya, El Hadj Mamadou Oumar Sall a du consentir de gros investissements pour produire 11 000 tonnes par an. Au système d’arrosage traditionnel pied par pied, il a substitué celui par aspersion.
« Nous sommes passés d’un système précaire à un système par aspersion. Ce dernier permet d’entretenir un microclimat en permanence dans cette zone où le thermomètre peut afficher 49 degrés alors que la banane se développe entre 25 degrés et 35 degrés », souligne Frédéric Beugré.
Pour le technicien, la filière banane demande des « investissements très lourds », notant que pour une installation d’un hectare, il faut entre 3 et 3,5 millions de francs CFA.
« Le système par aspersion peut doubler le rendement à l’hectare. Donc, il faut un accompagnement de l’Etat. Il faut que les producteurs ressentent cet accompagnement », dit-il.
Mieux, souligne t-il, il faut investir dans les chaînes de valeur pour produire une banane de qualité. « Les bananes qui sont produites ici sont les mêmes que l’on trouve en Côte d’Ivoire. La différence se situe après les récoltes, dans le transport et le conditionnement ».
« Le transport se fait par camion. Or, on peut mettre en place des câble-ways (système de transport par câbles), ce qui permet d’acheminer la banane jusqu’au lieu de conditionnement », a-t-il ajouté.
A Laboya, estime Frédéric Beugré, les choses commencent à changer avec la construction d’une mini-station de conditionnement. Il propose aussi le développement de la banane bio pour imposer un « label sénégalais » à même de rivaliser avec les pays comme la Côte d’Ivoire et le Cameroun, qui ont une expérience de plus de 50 ans dans ce secteur.
 Après avoir fait le tour du périmètre bananier, le président de la République a promis une subvention de 2,5 milliards de francs CFA aux producteurs de bananes, à partir de janvier 2017, en vue d’aménager dans cette zone 500 hectares qui permettront d’atteindre l’autosuffisance dans cette filière.

Cette perspective devrait permettra à la zone de produire 20 000 tonnes de bananes, alors que la production nationale est de 28 000 tonnes par an pour une consommation nationale estimée à 50 000 tonnes.
Cette subvention permettra aussi de générer 3000 emplois directs. Le plaidoyer de Frédéric Beugré, pour plus de soutien de l’Etat aux producteurs, a été entendu.

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